Mots et Musiques         d’un homme ordinaire

 

 


Textes chansons

(1989-2001)


 

 

Cat

 

El' ne supporte pas les chats des champs

Pattes de velours et ploucs ricanants

Elle n'aime pas les chats de gouttières

Ils ont la moustache qui sent la bière


Convenons que les matous l'indiffèrent

Tout comme son premier trou de gruyère


C'est une souris si délicate

Tous les grands minets du coin la flattent


Elle exècre les chats d'appartement

Leurs manières de dandys ronronnants

Elle méprise tous les chats bottés

Leur sens du devoir, leur autorité


Convenons que les matous l'indiffèrent

Tout comme son premier trou de gruyère


C'est une souris si délicate

Tous les grands minets du coin la flattent

Mais ces bougres n'ont aucune chance

De participer au corps de danse


Car elle en pince pour un petit rat

Qui a su faire son trou à l'Opéra


Son tout petit rat lui fait des entrechats

Et elle aime ça…


 

 

La terre est grave

  

La terre nous invite depuis bien longtemps

À faire la fête dans ses appartements

Mais de nombreux soûlards lui tachent la moquette

Cassent les meubles anciens et jouent les pique-assiettes


Alors que tous les jours la fête bat son plein

Dans l'excès de luxe, de chaleur, de bon teint

Loin des tables garnies les privés de séjour

Crèvent dans le silence indifférent du jour


Si la terre est grave

Encore, elle nous sourit

Elle est polie…


La terre nous évite depuis quelque temps

Le climat tique car nous sommes trop gourmands

Dans ces soirées, on voit toujours les mêmes têtes

Nous avons tort de vouloir tenir la vedette


La terre est si grave et nous sommes si légers

Son seul tremblement pourrait bien nous enrhumer

Loin du bail des nantis, on entend dans la cour

Une rumeur qui grandit : bientôt notre tour…

 

 

 

Sue

 

Sur son front précipice

Une frange de malice

Lisse

Se berçait

Dans la douceur de ses yeux

De vastes cieux langoureux

Et bleus

Se froissaient


Telle était Sue


Contre son rire perché

Mille et une voies lactées

Soufflées

Se brisaient

À ses seins gonflés d'orages

De blancs corsages de nuages

Se déchiraient


Telle était Sue


Aux alentours de ses hanches

De festives nuits blanches

Se pressaient

Et sous ses luxueux dessous

Coquine machine à sous

Sue se saignait


Telle était Sue


 

 

Ce fut tout

  

De grands rideaux d'oiseaux

Déchiraient le visage

Du jour naissant

Sous le regard goguenard

De fillettes à bicyclettes

Inondées

Et ce fut tout


Plus tard

Le temps barbu s'éclaircissait la voie

En crachant des cailloux de soleil

Sur les corps pâmés

D'adolescentes aux rivages

Lointains, mystérieux et vierges

Et ce fut tout


Bien plus tard

Les brûlures du vent décortiquaient

Sans haine d’évanescentes créatures

Livrées au pal de l’ennui

Qui décochaient leurs jambes nues

Dans l’espace du vide

Et ce fut tout


Enfin

Bien plus tard encore

Une averse d'obscurité

Refroidissait soudainement et sans bruit

Les fissures odorantes

De vieilles édentées en dentelle

Et ce fut tout

 

 

 

Je livre

  

 

J'erre

D'état, j'erre en état

J'erre

Sans échapper à la poussière

Je livre


Clair

Un jour si fort de cuir

Dans un immense espace bleu

Je livre


Tant de mots authentiques

Si beaux, si poétiques

Tendres et puissants

Comme le courant

D'un fleuve humaniste

Je livre


Sombre

Nuit fragile en carton

Dans un infiniment si gris

Je livre


Tant de maux tyranniques

Si laids, si prosaïques

Tristes fascicules

Aux plaies ridicules

Et cela m'attriste

Je livre


Petit à petit

Oui, mon teint jaunit

Mes pages sont comptées

L'épitaphe est tracée :

Fin

 

 

 

Train-train

 

C'est un petit train-train

Qui ne va pas bien loin

C'est qu'entre ses deux gares

Personne ne s'égare

C'est qu'il faut obéir

Souvent sans réfléchir

Aux sifflets dérisoires

Des petits chefs de gares


Faut pas que déraille

Le train-train du surmenage

Faut pas que s'en aille

Le voyageur sans bagages


C'est qu'un petit malin

Peut sauter du train-train

Et donner des idées

Aux tenants des tickets

Les mêmes paysages

Qui sont souvent trop sages

En deviennent immobiles

Et plus rien ne défile


Mais un train-train peut en cacher un autre…


E pericoloso sporgersi alla finestra


 

 

Sur la route de Malibu

  

Elle avait un rendez-vous                              

Sur la plag' de Malibu                                   

Il était beau et bronzé                                   

Et surfait toute l'année                                 

Elle était jeune et jolie                                    

Habillée plutôt sexy                                       

Et posait le pouce en l'air                              

Tout en se donnant des airs                            

Com' les filles de Malibu

                                

Dans un' giclée de poussière                         

El' vit s'ouvrir la portière                                

Je te dépose, Trésor ?                      

Lui dirent les dents en or 

                                         

Sur la route de Malibu                                    

Y'a pas mal de méchants loups  

                    

Le cuir d'la décapotable

Était chaud mais confortable

Ils s'envoyaient du whisky

En écoutant du funky

Com' les surfeurs de Malibu


 Le mec était sympathique

Et d'humeur plutôt ludique

Sa main s'posa sur un sein

Animée d'un noir dessein


La belle mit le holà

En enfonçant ses p'tits doigts

Dans le blanc des yeux du vice

Qui roulaient non sans malice


Ils percutèrent un rocher

Et tout partit en fumée


Sur les lieux de l'accident

Un flic privé de trois dents

Tomba sur un filon d'or

Qu'il saisit sans un remord


Sur la route, sur la route

De Malibu

 

 

 

 

Le clip

                    

Regarde la belle nana

Qui danse pour toi et qui te tend les bras

Elle bouge ses hanches et montre ses cuisses

Avec la précision d'une montre suisse

Mais ne retiens que le mouvement

Faut pas croire qu'elle t'attend


Écoute la belle nana

Qui chante pour toi et qui te dit tout bas

Que le plaisir est son premier réflexe

Que dans l'amour l'important c'est le sexe

Mais ne retiens que la mélodie

Faut pas croire ce qu'elle te dit


Ce n'est qu'un tube bien roulé

Un bubble-gum mélodique

Une pin-up à la peau bronzée

Sur fond vidéographique


Regarde au fond de ces yeux-là

Pas la moindre lueur d'opéra

Écoute ce filet de voix

Pas de quoi casser une noix


Mais elle connaît la musique

Oui, elle connaît la musique


La belle nana est médiatique

Et son clip est gym tonique

Mais elle connaît la musique

Oui, elle connaît la musique…


 

 

Mille et une nuits

 

Sous les jupes des filles

Sommeillent mille et une nuits

Douces nuits

Bercées d'ennui

Mises à l'index

Sous le premier prétexte


Sous les jupes des filles

Sommeillent mille et une nuits

Douces nuits

Pleines de vie


Mille escadrilles de chauds tapis volants

Mille flottilles aux doux parfums d'Orient


Mille et une nuits

Mille et un génies

Sous les jupes des filles


Sous les jupes des filles

Frétillent mille soieries

Au gré de leurs courants

Voguent mille et un esclaves amants


Sous les jupes des filles

Sommeillent mille et une nuits

Longues nuits

Tendres amies

Qui titillent les yeux de l'Occident


 

 

Jeu d'amour

 

Au jeu de l'amour il sait miser

Au petit jour il en sort vidé

C'est le flambeur des nuits de ces dames

Il en perd le sommeil et son âme

À chaque nouvelle partenaire

Il est persuadé de se refaire

Alors il s'ouvre au premier sésame

Pauvre pigeon du jeu de ces dames


Et le voilà qui dit mais, je t'aime…

On lui répond c'est ton problème

À ce jeu-là il n'a pas de veine

Entre-nous il me fait de la peine


Mais ce jeu-là n'est pas sans danger

Car la chair ne fait que l'endetter

Sur le tapis il se couche en vain

Le vice le laisse sur sa faim


 

 

La chanson de papy

  

Avec la longue nuit qui vient

Avec ses oublis pour un rien

 Son visage vieilli est froid

Juste un tremblement dans la voix

Son cœur se tue à répéter

Vas-y, vieux ! Il faut y aller

Alors même qu'il sait très bien

Qu'il ne saurait aller plus loin

Sans l'aide d'une pile

Soumise aux voltes faces

D'une vie trop tranquille


Ses mains se fatiguent à vouloir

Encore saisir au hasard

Le présent d'une vie qui fuit

Vers un passé lointain qui luit

Comme une étoile éteinte

À des années-lumière

D'une impossible étreinte


À présent, les petits, il est temps

Bonne nuit

À présent, pour papy, il est temps

D'aller au lit


Il est trop tard pour regretter

Le temps passé à espérer

Fallait cueillir sur les chemins

Tous les rêves à portée de main

 

 

 

Poupée en papier

 

Il était une fois une poupée

Vêtue d'une jolie robe en lamé

Si blonds, ses longs cheveux bouclés

Si bleus, ses grands yeux étonnés


Il était une fois une poupée

Qui gardait dans son ventre un secret

Si blonde, sa voix trop usée

Si bleue, sa belle mélopée


La vie est si belle, elle est si cruelle

Poupée en papier

La vie est si belle, elle est si cruelle

Poupée dessinée


Il était une fois une poupée

Aux traits bien dessinés sur du papier

Les hommes voulaient la toucher

Afin de l'entendre chanter


Les hommes rêvaient de la coucher

Sur les pages glacées de l'illustré

Tremblante et vite dénudée

Elle se mettait à chanter


L'histoire vint à se terminer

Les hommes oublièrent la poupée

Au fond d'une malle en osier

Parmi bien d'autres joués cassés


 

 

Un homme à la mer 

 

Là-bas sur la ligne d'horizon

Lorsque enfin le ciel touche la mer

Le grand vaisseau de ses illusions

Perdu, jette son ancre à l'envers

Du décor

Sans remords


Et il voit décoller les poissons

Et briller les étoiles de mer

Il voit les oiseaux toucher le fond

De toutes ses bouteilles à la mer


 Un homme à la mer, qui flotte encore

Un homme à la mer, loin du port


Pour lui seulement la terre est ronde

Il sait que le ciel soûle la mer

À vingt mille lieues sous les tombes

Le sel de cette eau est bien amer


Quand vous le voyez qui tourne en rond

Avant de se noyer dans son verre

Lancez la bouée à sa raison

Et remorquez-le jusqu'à la terre


 

 

Le bonheur est-il mobile ?

  

 

Le ciel longuement couché sur la mer

 Vague

Au loin, sagement mouillé, un bateau

Ivre


Et les cris salés de grands oiseaux blancs

Vingt mille lieues aux silences bruissants

Et maintenant ?


Je me souviens d'une douce immobilité

Un je-ne-sais-quoi qui flottait par-là

Je me souviens de cette douce suspension


Du temps détendu sur la ligne d'horizon

Une île tendrement bercée par le vent

Du large


Ici, mollement étendu, un corps

Sans âge


Et le sable cuisant sous le soleil

Trente-cinq degrés à l'ombre du ciel

Et maintenant ?


 

 

À pousser le bouchon…

  

Lancer la ligne de mire

Zapper sur les vastes ondes

Mais surtout s'attendre au pire

Souvent, la pêche est immonde


Parmi l'exotique faune

Sirènes siliconées

Quelques morues à trombone

Maquereaux toujours bronzés


Ouh ! quel mal de mer


Jeunes requins boulimiques

De vieux crustacés blindés

Quelques tissus organiques

Des tonnes de surgelés


Émissions d'air con primées

Forages publicitaires

Sites communs usinés

Feuilles de thon ordinaires


Ouh ! quel mal de mer


 Rares sont les fonds de culture

Et les horizons d'aventures

Car l'audimat est à l'écran

Tendu comme un filet maillant


Ouh ! quel mal de mer

 

 

 

Wild Joe Bone

  

Il était son cow-boy au lasso

Son grand champion du rodéo

Et pour seul ami, sous son Stetson

Son fidèle Smith & Wesson


De tous les monteurs il excellait

Pas une femme n'en doutait

De tous les tirs, son vieux six coups

Faisait mouche à tous les coups


Matin, midi et soir, il tuait sans s'en émouvoir

Matin, midi et soir, il vivait sans s'en émouvoir


Lorsqu'au loin, elle entendait tinter

Les nobles éperons d'acier

Cette musique échauffait ses flancs

Elle en avait le mors aux dents


Lorsqu'au loin s'élevaient dans la nuit

Les ricanements d'insoumis

Elle sentait frémir sous son corset

La marque au fer, dédicacée


Jamais ce méfiant desperado

N'oubliait l'ombre dans son dos

Il redoutait bien des tirs d'envies

De derrière les jalousies


Mais un jour, quelqu'un voulut sa place

Et tira un trait sur sa trace

Wild Joe Bone finit six pieds sous terre

Lucinda offrit une bière


 

 

L'idéale

 

Tu voudrais que son visage

Soit une peinture

Et son corps, tu l'envisages

Comme une sculpture

Tu voudrais que son esprit

Soit littérature

Et qu'el' pose mais sa vie

Serait morte nature


Ton idéale

Te sera fatale


Tu voudrais qu'elle s'applique

Tout comme au théâtre

À te donner la réplique

Surtout sans entracte


À tous ses silences

Seraient suspendus des poèmes

L'amour, quelle chance !

En serait l'unique thème

Et chaque corps à corps

Devant vos miroirs impolis

Serait une chorégraphie


Mais tu te tues à répéter

Que son amour pour toi

Serait du cinéma…


 


Boîte de nuit

  

La musique diffuse                                

Les tympans s'usent                                

Des cheveux se lient                                

Les chauves sourient                            

Des yeux se pressent                             

Les mêmes se blessent                            

Les bouches s'ouvrent                           

Des mots se trouvent                             

Les idées fixent

Classées X                                               

                                                                 

Dans la boîte de nuit                             

                                                                  

Des doigts proposent                            

Les tailles disposent                             

Certains hésitent                                    

D'autres s'agitent                                  

Les pieds balancent 

Dans la boîte de nuit 

C'est la cadence

 Les corps se choquent

Gonflés à bloc

Les idées fixent

Classées X

 

Dans la boîte de nuit

 

La musique s'intimise

L'éclairage se tamise

Les uns font quelques touches

Les autres se mouchent

Des couples se moulent

Leurs lèvres se mouillent

La sueur s'inter pore

Les parfums s'évaporent

Des sexes en secret sécrètent

D'autres s'alignent en crêtes

 

Soudain une bagarre

Pour un rien qui se marre

Une histoire de nana

Qui veut puis qui veut pas

Une histoire de mec

Qui fait trop de cul-secs

Le videur n'est pas loin

Avec ses grosses mains

 

Voilà la dernier tour

Et tremble le petit jour

S'en vont les amants

Départs désarmants

Les jeunes filles rêvent

Les solitaires s'achèvent

La lumière détrompe

La musique plie ses pompes

Les serveuses rangent leur sourires

Le D.J. s'endort sur ses délires

 

Dans la boîte de nuit

 

 

 

 

L’AIR DE RIEN

 

L'air de rien
Leurs bisous émeuvent mes reins
Tendres signes
Qui expriment
Un désir légitime


L’air de rien
Elles m’effleurent de leurs mains
Mains mutines
Mains taquines
Et toujours unanimes


L’air de rien
Leurs petits pieds touchent les miens
Ils butinent
Ils badinent
Et j’en perds mes bottines


L’air de rien
Elles se penchent avec entrain
Culs sublimes
Fesses en rimes
J’ai le sang qui s’anime


L’air de rien
Elles me dévoilent leurs seins
Sein Maxime
Sein Minime
Je les tiens en estime


L’air de rien
Ell’ troussent leurs jupes en chemin
Libertines
Elles vont s’asseoir sur les coussins
Magnanimes
Je vois le plus intime


 


LE MONTE EN L'AIR

 

Il saute sur l’occasion
De ravir aux ménagères
Leurs précieuses émotions
Leurs intimes affaires

Il s’introduit sans façons
Par devant ou par derrière
Fouillant toute la maison
Usant de son savoir-faire
Et c’est avec distinction
Qu’il vole le nécessaire
Sans toucher aux illusions
De ces dames solitaires

Elles ne sont pas
Du tout rancunières
Bien l’bonjour du monte-en-l’air
Le renifleur de balcons
Chatouilleur de meurtrières
Grand détrousseur de jupons

Il joue de sa séduction
Mais c’est un cœur sincère
Qui provoque l’affection
Chaque fois qu’il opère
Elles sont prises de passion
Pour ces tactiles manières
Qui font sa réputation
Et le rendent populaire

Elles ne sont pas
Du tout rancunières
Bien l’bonjour du monte-en-l’air
Le renifleur de balcons
Chatouilleur de meurtrières
Grand détrousseur de jupons

Il commet ses effractions
Guidé par un seul critère
Dérober sans agression
Sans heurter les caractères
Tout problème a solution
Si la dame est réfractaire
Il fait la conversation
Ou retourne à son repaire

Elles ne sont pas
Du tout rancunières
Bien l’bonjour du monte-en-l’air
Le renifleur de balcons
Chatouilleur de meurtrières
Grand détrousseur de jupons

 

Assim

 

 

Assim

Assim é você

Você é sempre assim

Eu sei quem você é

Assim é você

 

Cada vez que vejo você

Os pés descalços no parqué

Os cabelhos despenteados

Lombo e peito desnudos

 

Talvez cuando vejo você

Os olhos lavados de fé

Os labios cheios de beijos

Pernas e braços abertos

 

A pingar suor do ceÚ

Eu sei quem você é

Sim sim


Cada vez que você me vê

Chorando atras de você

Coração estilhaçado

Pensamento atrasado

 

A tremer a dor do reú

Você sabe porquê

Sim sim


Talvez cuando você me vê

Culpado de eu não sei qué

Você espera desculpas

Você nunca tem duvidas

 

 


MELANCOLIES OCEANES

 

Sur le sable
J’écoute de blanches lames
Harmonies d’écume
Inlassables
Elles me donnent le vague à l’âme
Et ma vue s’embrume

Sous les nuées gorgées
D’un flux volatil
J’essuie le grain salé
Á coups de cils

Est-ce un air
De l’au-delà du grand large
Que l’hiver enrhume ?
Est-ce un air
Émergeant du fond des âges
Que la mer exhume ?

Nostalgique importun
Porté par le vent
Qui rappelle à chacun
La nuit des temps

Mélancolies océanes
Qui chavirent corps et âmes
En hiver

Mélodie
Si ressassée par le ressac
De mon amertume
Que l’ennui
Berce mes jours de son hamac
Et je me consume

Fantôme de sable
Au souffle iodé
Je suis perméable
Á mon passé

Mélancolies océanes
Qui chavirent corps et âmes
En hiver

 

Dame Nature

 

Voilà que la grande toile du jour se tend

Sur les pinceaux, l'homme se doit de tendre aussi

Vers cette inspiration qui fait de lui un grand

Esquisser dans l'espace un croquis réussi

Tandis que maîtresse Nature prend le temps

D'exposer de beaux tableaux dans ses galeries

De vilains hommes, pauvres peintres décadents

Sont réduits à peindre l'humaine comédie


Et maîtresse Nature

Sur un homme penchée

Tenait en son atelier de la belle ouvrage


Mais voilà que la couleur de la nuit s'étend

Dans son blanc linceul, l'homme doit s'étendre aussi

Et mêler son spectre à l'arc-en-ciel du néant

Pour alimenter la palette de la vie

Ainsi va le frêle tissu évanescent

Soumis aux clairs-obscurs de l'artiste maudit

Et nous ne sommes que des modèles imposants

Simples natures mortes qui posent à crédit

 

 

Ma voisine

  

Je suis amoureux de ma jolie voisine

Ses volets sont bleus, altière est sa poitrine

Au petit matin penchée à sa fenêtre

En cambrant les reins, elle secoue sa couette

 

Ses petites mains et sa blanche culotte

Me rendent mâtin, j'en deviendrais bigote

 

Une fois par jour, lorsque nos pas se croisent

Je lui dis bonjour tandis qu'elle me toise

C'est le premier mot que sait dire ma bouche

J'en ai le cœur gros, seul mon regard la touche

 

C'est le premier mot que sait dire ma bouche

J'en ai le cœur gros, seul mon regard la touche


Quand le soir venu le quartier s'ensommeille

J'attends droit et nu, seulement mes yeux veillent

De ma voix feulée, je l'appelle à geindre

Les rideaux tirés elle ignore mon timbre


De ma voix feulée, je l'appelle à geindre

Les rideaux tirés elle ignore mon timbre

Alors dans mon lit, je m'en fais de bien belles

Câlins et frottis, ma petite hirondelle